Éditorial :
Exposition promenade aux bords de la Méditerranée.
Dès la porte d’entrée de sa maison sous les remparts du Château de Salignac-Eyvigues, il affiche ses armes : une palette de peintre gravée dans la pierre avec ses pinceaux.
La belle architecture domine nombre de ses œuvres … Georges a dû marquer les esprits de son village car les habitants l’avaient surnommé Picasso, lui dont l’œuvre a plus avoir avec le douanier Rousseau qu’avec Picasso. Est-ce par dérision ou simplement pour marquer sa singularité ? Peu importe !
Cet homme au caractère bien trempé, toujours entier, passionné par son travail et son œuvre fût inlassablement animé par son désir de créer de belles choses.
Peut-être comme un exutoire au sortir de la terrible guerre de 39-45 ? Guerre dans laquelle il s’engagea à l’âge de 16 ans avec la RAC en Dordogne.
Ancien combattant, blessé et emprisonné par les allemands, il se découvrira artiste durant sa captivité. (Aujourd’hui sa stèle rappelle ce passé par l’emblème de la RAC qui y est sculpté.)
Pour cet homme qui vécut seul toute sa vie après le décès de celle qu’il aimait, la peinture occupa sans aucun doute une place essentielle, sans doute a-t-il découvert la liberté et son besoin d’évasion au travers de ses œuvres.
En apparence sa peinture ne parle pas de cette double épreuve de la guerre et de la perte d'un être cher. On la retrouve toute fois dans ses écrits et ses poèmes dédiés à la résistance et à l'amour.
Autodidacte à ses débuts, il obtiendra son diplôme dans les années 50 comme maître en lettres d’art.
Georges Dupeyrat est d'abord un paysagiste, certains le trouverons réaliste, d'autres naïf, en réalité il appartient plus à ce qu’on appelle aujourd'hui les artistes singuliers.
Il aime les pierres et la nature et n'hésite pas à en donner une vision très personnelle.
Une couleur lumineuse et puissante domine dans son ouvrage. Dans la première exposition hommage à Salignac on a pu voir son attachement à cette belle commune, son château, ses rues... avec des tons ocre accompagné parfois de ciels tourmentés, mais aussi l'omniprésence de la nature.
Il travaille dans des tons vifs où l'on sent un homme déterminé alors que ses petits personnages semblent décalés et d'une autre époque.
C'est toute l’ambiguïté et le mystère de sa peinture.
Ses beaux autoportraits confirment toutefois notre vision d'un homme qui sait ce qu'il veut et ne s'en laisse pas compter.
Mais venons-en à l'exposition présentée à partir du 11 juin 2019 à la Mairie de Salignac-Eyvigues. Georges a toujours aimé voyager et s'arrêter pour peindre et photographier les paysages.
Cette promenade au bord de la méditerranée dans la région d'Antibes nous offre des vues tout aussi colorées et lumineuses que celles de la première exposition.
La nouveauté est la forte présence de l'eau, des nuances de bleus, les verts puissants, les tons violets que l'on retrouve dans les ciels.
On remarquera son traitement toujours respectueux et méticuleux des architectures méditerranéennes. L’étonnement nous vient encore des petits personnages d'un autre temps sans visages affirmés dans une nature qui les domine.
La figure humaine est chez lui un accessoire discret comme si la nature avait plus à dire et à faire découvrir que ses petits personnages qui promènent leurs chiens, pêchent, ou participent à un jeu de boules en bord de mer.
Dans ses toiles qui semblent très réalistes, il reste un peintre insolite dont il est difficile de percer le mystère, rendant son œuvre unique dans une démarche artistique singulière.
À aucun moment on ne voit transparaître la dureté de l'existence pour cet homme qui a vécu les horreurs de la guerre et la maladie.
Le message qu'il nous laisse est celui d'une sérénité retrouvée seulement troublée par quelques tons violets un peu plus agressifs.
Les deux expositions témoignent de la passion d'un homme qui ne peut vous laisser indifférent. Quelle bonne idée de lui rendre hommage une nouvelle fois.
Officier des arts et des lettres

